Je lis Rue René Boulanger un livre israélien
Les filles passent parfois en short
Parfois sans rien et c’est toujours quelque chose
Il y a dans ce bouquin toutes les trois lignes
Une ligne qui me donne envie d’écrire
Car dedans les gens sont vivants rien de plus
Le type m’a servi une mauvaise bière
Ce n’est pas celle à 8 euros que j’avais commandée
Il transporte son odeur de graillon partout où il passe
Son restaurant sent l’erreur, j’aurais dû attendre
A la terrasse de l’hôtel Providence
Qu’une place se libère
Dans mon livre le père a toujours trop bu
Son foie n’a pas tenu les assauts de vodka
Parfois quand je bois moi aussi, maintenant
Je sens que quelque chose se déraille
Dans le bide
J’aimerais glisser une tête à l’intérieur et souffler fort, aspirer
Je voudrais qu’il n’y ait pas trop vite de problèmes
Parce qu’il ne faudrait pas qu’Elise soit encore triste, comme pour sa mère, plus jamais
On va vieillir ensemble et mourir lentement
Dans une maison qu’on n’a encore imaginée
On aura un peu mal ensemble, il y aura du soleil et des courgettes énormes
De la pluie, des livres et du vin blanc
Un matin vers neuf heures on se réveillera et ce sera fini
Je la prendrai dans mes bras, et j’espère que je pourrai lui faire l’amour (mais enfin)
On aura passé assez de temps et écrit plein d’histoires
Alors on arrêtera tout
On partira d’une façon ou une autre
Ce sera ma vieille et je serai son vieux
C’est dans longtemps
La petite tache blanche au bout de l’imagination
Ici est au soleil
Je vais commander une autre bière et le type va m’entendre
Ça va gueuler
Les filles passent
Paraît-il que les yeux ne s’agrandissent jamais
Elle grignote un morceau de sa robe et ensuite me la tend : je n’ai plus faim, me dit-elle.
Je la savais sensible à observer penser les gens, car elle même prenait un plaisir tout particulier à répertorier le flux de ses pensées et à me dresser leur parcours. Lisant par exemple un livre en terrasse, les yeux dans le vague, elle se tournait vers moi et me disait : « Je ne veux pas acheter de poêle sans couvercle », puis, attendant que je lève les yeux de mon livre, ajoutait : « Je te raconte pourquoi je pense à ça ».
- Voyant un homme en pantalon clair marcher dans la rue, elle repense aux ourlets du mien dont j’ai raté les coutures, ce qui la conduit à songer au pressing en haut de notre rue, dont le sourire de la responsable est si semblable à celui de la vendeuse de légumes, en bas de notre rue, qui propose aussi à la vente des sachets de dix nems à frire ; elle pense ainsi à notre poêle en mauvais état et à la proposition de sa collègue de lui en offrir une dont elle ne se sert plus, ce qui, la mettant mal à l’aise, l’aura poussée à mentir en affirmant en avoir acheté une nouvelle, le problème étant que cette collègue est invitée à dîner à la maison le samedi suivant, et qu’elle doit à présent acheter une nouvelle poêle, mais qu’on n’en trouve aucune avec un couvercle adapté qui ne soit hors de prix, ni à Darty, ni au BHV, ni à Conforama, ni nulle part, il n’y a tout simplement pas de poêle à couvercle abordable. Le pantalon d’un homme, le désir d’une poêle.
(Travail en cours)
55 - Dimanche 10 mai 2020
Elise fond sa nuit blanche dans la mienne. Nous préparons la Grande Dispersion, classons nos livres et vins favoris. Je serre contre moi ce Pouilly-fumé vide des premiers jours. Je regarde Elise monter des étagères sur lesquelles seront arborées les cinq bouteilles de gin mortes au champ de bataille. Il est évident que je repousse ce lundi : je ne me vois pas me déconfiner d’elle. Trop de mes habitudes de vie ont été portées à sa connaissance et pourraient fuiter à travers ville. Mais il est temps : mon attestation dérogatoire ressemble aux manuscrits de la mer Morte ; le dernier flic qui l’a déchiffrée s’est reconverti dans la cryptographie. Ma cuisine de trois mètres carrés est devenue une personne à part entière, et commence à réclamer des droits : elle souhaite que nous nous fassions livrer une à deux fois par semaine. Le syndicat du réfrigérateur a été fondé. L’aspirateur gratte à la porte pour qu’on lui change son sac, l’éponge de la salle de bains implore une descendance. Pire : je revends tellement de masques et de gel hydro-alcoolique rackettés dans les Ehpad que le Fisc commence à s’intéresser à moi.
Décidément, ce salaud d’effet papillon nous a joué son plus mauvais tour : un pangolin acculé vers une ville chinoise aura conclu à la fermeture des bars en France. La théorie du chaos a trouvé son prophète, et, grosse surprise, ce n’est pas un demi-pression en terrasse. Jamais je n’aurais cru ça de la science. Demain, je me mets à l’astrologie, à l’homéopathie et à la religion : meilleurs résultats.
53 - Vendredi 8 mai 2020
Et dire qu’ils vont nous libérer. Ils nous avaient dans un mouchoir de poche, devenus hirsutes et asociaux, habitués à taper dans nos mains à heure fixe. C’est à croire qu’ils nous font confiance pour après. Ça me colle une pression dingue. J’ai l’impression de passer le bac de physique-chimie sans avoir révisé. Moi, les premiers jours, applaudissant, je m’imaginais le personnel soignant lutter jour et nuit contre la maladie, je voyais ces visages fatigués et meurtris de courage. Aujourd’hui, je cogne bêtement mes paumes les unes contre les autres avec cinq minutes de retard devant une rediffusion de Grey’s Anatomy en agitant un masque imbibé de SARS-CoV-2 à la fenêtre. Les virus tombent systématiquement sur le voisin du dessous, qui lui-même éternue et asperge le voisin du quatrième, et cætera. Le type du rez-de-chaussée en est à son troisième séjour en réanimation. Ses artères pulmonaires ressemblent à ma coupe de cheveux. Ruissellement social. Le nouvel ordre mondial dépendra des coiffeurs et des pneumologues, qui devront s’accorder sur une marche à suivre. La bronchite permanente et la frange asthmatique se tireront la bourre pour l’automne-hiver.
51 - Mercredi 6 mai 2020
Cinquante-et-unième jour, bon sang, qu’ai-je fait. La part boudinée de mon esprit se prépare à un déconfinement économiquement raisonnable, tandis que l’autre, plus lucide quant à la situation sanitaire, s’agrippe aux draps du lit en hurlant et invoquant les dieux du télétravail. Mon cœur, ralenti par une déroute totale de son potentiel sportif intramuros, ne bat plus qu’à deux pulsations par minute, et s’avère tout compte fait être une bonne horloge : six battements pour un œuf à la coque, douze pour des pâtes al dente. Mes vêtements eux-mêmes pressentent un changement dans l’air : j’ai aperçu mon bas de jogging se faufiler dans le bac à linge sale en vue d’une fin de vie meilleure. Mes cheveux sont devenus une entité indépendante, à la volonté propre, incompatible avec le monde de l’entreprise. Il est probable qu’une seule de leur mèche fasse s’écrouler une part de la finance mondiale. Mon irritabilité, habituellement peu expressive, est devenue en deux mois polyglotte, a assimilé cinq langues occultes qu’Elise s’efforce de déchiffrer jour après jour. Ma créativité, elle, palliatif de mon corps à l’arrêt, se borne à ramener toujours plus d’absurde au réel, signe que le sens fait défaut, mais ce n’est pas une nouveauté. On crée pour créer, justement, sans quoi on se bornerait à consommer. Le gel du monde est une aubaine pour l’écrivain. Maîtrise du temps, fortune narrative. Rien n’a lieu, tout s’invente, c’est facile. Par exemple, là, je réveille Elise et lui dit que la fromagerie va fermer : elle s’habille à peine et court dans la rue. Sur le chemin, elle croise le caviste, lui troque un masque fait maison contre notre bouteille de vin banc préféré. Voilà. Ça, c’est une page blanche bien remplie.
49 - Lundi 4 mai 2020
Une série de drames de confinement surviennent au matin, alors que le soleil pointe à peine sa vilaine tête d’insomniaque confit aux benzodiazépines. La glace, qui avait envahi la partie congélateur d’Hélène – Hélène, c’est le nom de notre réfrigérateur –, emprisonnant à jamais la dernière bouteille de gin et notre réserve de glaçons, se met à fondre et à inonder la cuisine. La diode du chauffe-eau revêt une teinte orange inquiétante avant de s’éteindre tout à fait. Je reste longtemps debout face à ce monument de plomberie dont le fonctionnement tient à mes yeux du recours divin, et je tombe à genoux, murmurant des souvenirs de prières. Puis une détonation abominable retentit, provenant du mystérieux compteur électrique dont je n’ai jamais ouvert la porte. Nous n’avons plus le choix, face à tant de complexité domestique : nous devons quitter l’habitat, décaniller la résidence, plaquer l’écosystème conjugal. Je vais réveiller Elise, et lui annonce d’une voix sombre la nécessité d’un déconfinement prématuré et illégal. Hein ? me dit-elle. Prends ton attestation et l’effaceur, lui dis-je, que nous puissions changer l’heure à loisir, et éviter la prison. Elise se lève et fait un rapide tour du logis en décombres. Elle revient vers moi. Je cherche mes mots pour la rassurer. Nous vivrons tout de même ensemble, et heureux, lui dis-je. C’est une coupure de courant, me dit-elle en bâillant. Voilà qu’elle s’étire en préparant du café, probablement en plein déni de la situation. Elle se dirige vers le compteur et ouvre grand la porte des entrailles électriques. Je ferme les yeux, me jette sur elle, je ne sais plus dans quel ordre. Un clac sonore. Quand je reviens à moi, Elise éponge tranquillement le sol de la cuisine, un tasse de café à la main. Il ne reste qu’un seul Pépito, me dit-elle. Malheur, malheur, me dis-je, l’infortune me précède et tout à la fois me succède, je ne serai jamais libre.
47 - Samedi 2 mai 2020
Les mesures de chômage partiel concernant le soleil se passent mal : il tire au flanc et s’apprête à perdre la grande bataille du ciel. Il est néanmoins d’astreinte, ce matin. Elise en profite pour baigner ses jambes dans la petite mare qui coule du cinquième étage. Je crois que je n’ai jamais été au soleil aussi haut dans ma vie, me dit-elle. Je vais peut-être bronzer plus vite.
Mes parents ont finalement abandonné leur projet de numérisation de l’esprit : espace de stockage insuffisant. Le test de Turing qu’ils ont fait passer à leurs ébauches d’avatars numériques s’est révélé décevant : celui de ma mère ne décroche pas un mot ; celui de mon père est complotiste, pense que la Terre est plate et que les chinois sont en réalité constitués de fromage. Je ne pourrais pas vivre dans un moi-même aussi con, me dit-il. Le message de son dernier télé-pigeon est très clair : “Ta mère et moi avons détruit nos outils numériques. Repartons en Lozère prôner la régression technologique. Merci de nous confirmer votre venue à Noël par retour de pigeon.”
45 - Jeudi 30 avril 2020
Je fais le pied de grue devant la devanture du caviste, qui n’est toujours pas là à 11 heures. Cas d’urgence, je sors mon téléphone de sa poche stérile pour appeler Elise et lui dire d’annuler le télé-apéro de midi. Je n’aurai pas les vivres, lui dis-je dans mon masque. Je raccroche et jette mon téléphone contaminé dans une poubelle. Je reste tout de même dans le coin, inquiet. Il est peut-être arrivé quelque chose au caviste. Pas le Covid-19, non, ses cellules pure malt ne seraient pas un réceptacle viable pour le virus. Mais je crains qu’il ait été kidnappé par des alcooliques appauvris par la crise, des intermittents du spectacle, par exemple. Je finis par remonter la rue, soucieux de l’avenir. Sans bouteilles neuves, nous risquons de perdre pas mal de télé-amis et de nous retrouver seuls au déconfinement, ou pire, d’être libres tous les soirs pour appeler une tante sobre. Il ne me reste qu’une option. Je suis arrivé au niveau du petit Casino ; derrière la vitrine, j’aperçois la horde habituelle de SDF, travailleurs indépendants et chômeurs non-partiels se battre pour les derniers litres de rosé râpeux. Une barre en métal traîne par terre. Je m’en saisis, réajuste mes gants en latex et mon masque lavable. Pour l’honneur, me dis-je en fonçant à l’intérieur du magasin.
44 - Mercredi 29 avril 2020
Le dispositif anti-SDF de la RATP est simple : une alarme stridente montée à 150 décibels dans toute la station souterraine et ininterrompue entre 22 et 2 heures du matin. Le concepteur a probablement dû subir des électrochocs pendant toute son enfance, reclus dans une cave humide après avoir vu sa famille entière être dévorée par des chiens errants dont il a lui-même été forcé de se nourrir ensuite. Sombre machination qui m’empêche de dormir, puisqu’elle s’entend à 300 mètres à la ronde. Il semblerait que la honte de la RATP ne se soit, elle, jamais réveillée. Je suis obligé de sortir au milieu de la nuit et de chanter trois chansons de Bob Dylan au ukulélé devant l’entrée de la station pour que l’alarme abdique et s’éteigne. Je rentre me coucher sous les hourras et les bravos de tous les voisins, qui ont l’élégance de respecter mon état de fatigue, et s’abstiennent de réclamer une dernière chanson.
42 - Lundi 27 avril 2020
Matinée bricolage. Je fouille dans la benne remplie de déchets provenant du garage en rénovation en bas de mon immeuble. Je récupère toute la fibre de laine bourrée d’amiante dont la mairie a exigé le retrait quelques temps avant le Grand Confinement. Avec ça, je rentre et confectionne une série de masques. Si les petits SARS-CoV-2 passent à travers, il ne devrait rester dans mes voies respiratoires que des virus tétraplégiques et baveux avec lesquels mes anticorps feront un grand méchoui convivial.
Je poursuis mes labeurs jusqu’en milieu d’après-midi. L’orage arrive au moment où je parviens enfin à fixer mon hamac au garde-fou de la fenêtre. Et les jours s’annoncent tous gris jusqu’au déconfinement. Ma sieste à quinze mètres de hauteur sera probablement reportée à cet été, pendant la deuxième vague. Heureusement, en montant haut, vers Gambetta, et en grimpant encore au sommet du château pour enfants, on aperçoit déjà sa crête.
39 - Vendredi 24 avril 2020
Pas chômé, ce matin. J’ai construit trois hôpitaux et fabriqué dans mon laboratoire assez de tests sérologiques pour sonder chaque habitant deux fois par mois pendant un an. Il est évident que la France entière doit envier les 815 résidents de ma ville numérique. Je compte par ailleurs proposer mon modèle de relance économique à nos chers dirigeants. C’est enfantin : il faut favoriser la production de tacos, d’esquimaux glacés, et planter quelques arbres pour rendre heureux les infectés au Covid-19. J’aurais dû terminer cet IUT de gestion, post-bac, plutôt que de sécher les deux tiers de l’année. C’est avec ce genre d’échecs que nous nous retrouvons avec une dette faramineuse et des tweets de Jacques Attali.
Des nouvelles parentales : toujours enfermés dans leurs capsules de confinement à réalité virtuelle, ils nous ont annoncé hier leur désir de quitter définitivement leurs enveloppes corporelles, et de numériser leurs structures neuronales dans un programme informatique impérissable. Personnalités, souvenirs, leurs esprits seraient téléchargés et pourraient éternellement évoluer dans des univers fictifs, débarrassés de toute contrainte biologique. Bien sûr, m’a dit mon père, nous emmenons toute la famille. Nous avons déjà dessiné ton avatar immortel. Tu as pris un peu de poids et ton nez est raté, mais nous n’en sommes qu’aux prémisses du progrès.
38 - Jeudi 23 avril 2020
Ce matin, trouvé un vieux ukulélé dans une poubelle. Je le désinfecte avec le restant de gel hydro-alcoolique piqué à un couple de vieux, à Franprix. Je m’entraîne immédiatement à chanter Bob Dylan. Vingt minutes plus tard, je ne m’entends plus jouer : les coups de marteau qu’Elise porte au placard dans lequel à m’a enfermé et auquel elle cloue des planches en bois recouvrent mes accords. C’est injuste. Pour passer le temps, je fais huit fois le tour des réseaux sociaux sur mon téléphone, et finis par télécharger un jeu de construction urbaine. Je crée une addiction sérieuse en dix minutes. Vers minuit, inquiète, Elise libère le placard et me trouve recroquevillé, les yeux rougis à dix centimètres de mon écran. J’ai relié l’appareil à une prise électrique grâce aux cordes du ukulélé, ma batterie tient le coup. Je suis à deux confitures de fraises de débloquer la piscine municipale, dis-je à Elise, ne m’attends pas pour manger.
37 - Mercredi 22 avril 2020
Journée difficile que nous redoutions : quatre télé-anniversaires. L’idée de s’entraîner à boire beaucoup deux jours d’affilée était mauvaise. À onze heure trente du matin, nous tournons au sixième martini-gin sans glace et sans olives. Elise vire au blanc, tandis qu’un daltonien saurait difficilement définir mon teint, répondrait probablement : bleu-gris-rouge. Pas loin.
La troisième télé-surprise porte ses fruits : nous tombons en plein milieu d’un jeu formidable : celui de la hiérarchie du malheur de confinement. Les règles sont simples, il suffit de partager son expérience in confine et d’accumuler davantage de mal-êtres que ses adversaires. 10 points pour vivre seul dans un six mètres carrés insalubre, 15 points pour être à deux en pleine crise de couple. 50 points pour avoir un nouveau-né dans une chambre de bonne, 200 pour une aide-soignante célibataire mère de cinq mômes dans un deux pièces à Château-Rouge. On s’amuse tellement qu’on ne repère pas un de nos potes prendre les rennes et annoncer son état : tout juste veuf, diabétique, diagnostiqué au Covid-19, ayant hébergé par sympathie un ami d’enfance psychotique dans sa maison délabrée en Mayenne. Fou rire. Il remporte le jeu haut la main et doit boire le restant de ses bouteilles d’alcool. Nous le regardons, penaud, terminer les quelques gouttes d’une Heineken déjà vide.
36 - Mardi 21 avril 2020
Promenade d’une heure, boulevard de Charonne, en maillot de bain et masque de plongée. Quelques cabillauds panés aux fines herbes capturés dans un Picard presque vide. Je fais un feu au milieu de la route et fais cuire doucement mes poissons. Après déjeuner, petite sieste récupératrice, étendu sur une serviette de plage Pokemon. Je m’endors au son du périphérique calme à 1 kilomètre de là.
À la tombée du jour, une meute de complotistes passe sous notre fenêtre, réclamant des études médicales et cliniques davantage complaisantes et encore moins transparentes. Nous nous barricadons, tandis qu’ils scandent “Non à la recherche vérifiée, non à la recherche partagée !”. Nous nous terrons dans la salle de bains en éteignant toutes les lumières. C’est d’ailleurs ce qui reste après leur passage : une rue sombre et cloîtrée. Je remarque une forme rampante sur le trottoir d’en face, et je la reconnais : c’est l’intelligence collective. Ligotée, bâillonnée, elle tente de s’enfuir par une bouche d’égouts.